- généralités sur lamalgame
- toxicité du mercure chez lhomme
- évaluation des risques
- les alternatives à lamalgame
- recommandations générales
- recommandations pour le praticien
- recommandations de veille sanitaire.
GENERALITES SUR LAMALGAME HISTORIQUE
Lamalgame dargent-étain-cuivre est le matériau de restauration dentaire le
plus communément utilisé depuis son apparition, au début du 19ème siècle. Sa
popularité est basée avant tout sur son large domaine dindications, sa longévité
buccale, sa facilité de mise en uvre, son aisance dutilisation et son faible
coût. Il faut rappeler cependant que, dès le début, lamalgame a eu de farouches
détracteurs lors de campagnes de dénigrement si retentissantes que lon parle
encore de "guerres de lamalgame".
La première bataille a eu lieu aux États-Unis dans la première moitié du siècle
dernier, quand la profession dentaire nétait pas structurée et où on connaissait
la toxicité des vapeurs de mercure et des composés mercuriels, dont certains servaient
en médicaments. A cette période, une connaissance superficielle de la dentisterie et des
matériaux aboutissait à des reconstitutions laissant, pour le moins, à désirer. Les
cavités de carie nétaient pas complètement nettoyées et lalliage à
mélanger au mercure était prélevé dans des pièces de monnaie en argent.
Lamalgame résultant présentait, en plus, une forte expansion de prise et
aboutissait à créer des fractures dentaires. Pour ces raisons, et défendre
vraisemblablement la pratique des obturations à la feuille dor, la société
américaine des chirurgiens-dentistes excluait les utilisateurs de lamalgame en les
accusant de fautes professionnelles. Cette politique ayant été reconsidérée dès 1850,
des travaux scientifiques ont pu être réalisés, en particulier avec J.F. Flagg qui
introduisit le cuivre dans la poudre dalliage, pour aboutir aux spécifications de
composition de G.V. Black en 1895-1896, entérinées par lassociation dentaire
américaine en 1926. Lamalgame a finalement droit de cité et va pouvoir remplir son
rôle pour les soins dentaires des enfants et pour promouvoir une dentisterie enfin
sociale.
La deuxième bataille démarre en Allemagne en 1926 sous la houlette dun professeur
de chimie nommé Alfred Stock qui lui-même présentait des signes dintoxication au
mercure pour y avoir été exposé pendant 25 ans dans son laboratoire. Il publia des
articles sur les dangers des vapeurs de mercure des amalgames au cuivre utilisés
fréquemment à cette époque. Cet amalgame se présentait sous forme de pastilles qu'on
chauffait jusqu'à l'apparition de gouttelettes de mercure. Dans cet état, on le
transférait dans un mortier pour y être réduit manuellement en une consistance
adéquate pour être inséré dans une cavité dentaire.
Ce procédé créait un dégagement de vapeurs de mercure significatif, mais le danger se
concentrait plus sur léquipe dentaire que sur le patient, les manipulations
dangereuses se déroulant hors de la bouche.
En 1930, une commission denquête mettait hors de cause les nouveaux alliages
dargent-étain-cuivre qui remplaçaient les amalgames au cuivre. Stock aurait dit
lui-même, lors dune conférence en Suède, en 1941, que les rares cas
dintoxication aux vapeurs de mercure, due à lamalgame au cuivre, ne devaient
pas affecter lutilisation de lamalgame dargent. Lamalgame a un
second répit et les chercheurs peuvent se préoccuper de trouver des amalgames aux
propriétés physico-chimiques améliorées, avec lapparition des amalgames à
dispersion de phases dans les années soixante et les ternaires à particules
monocomposées dix ans après.
La troisième bataille, une véritable guerre par média interposé, a débuté au milieu
des années 1980 avec un dentiste américain, H.A. Huggins, qui sest fait connaître
par des écrits et des cassettes vidéo. Il avait repris à son compte les allégations
dun praticien brésilien, le Dr O. Pinto qui prétendait, sans apporter de preuves,
quune exposition au mercure aboutissait à toutes sortes de maladies, de la
leucémie aux désordres intestinaux. Au même moment, quelques articles (où apparaissent
le plus souvent M.J. Vimy et F.L. Lorscheider) concluaient à la nocivité des amalgames
dentaires.
De nombreux pays occidentaux ont établi des enquêtes à ce sujet et ils ont conservé
leur confiance en linnocuité relative des amalgames. En France, les campagnes de
dénigrement des amalgames mettent en avant une interdiction de ces matériaux en Suède
et en Allemagne. Or, on doit à la vérité de dire que ces pays ont abouti à une
restriction de son usage, sur des bases écologiques principalement.
Depuis 1987, ladministration suédoise de la santé (Swedish National Board of
Health and Welfare) a planché sur le sujet et a publié plusieurs rapports. Celui de 1991
concluait que "il ny a pas de preuve scientifique pour affirmer que
lexposition au mercure des amalgames dentaires est la cause deffets
secondaires sur la santé". En 1994, le rapport ajoutait à la phrase précédente
"à lexception de cas isolés de réactions allergiques". Une loi sur
lenvironnement, en 1991, planifiait larrêt ou la diminution drastique du
mercure dans lindustrie et dans des produits comme les piles, les ampoules, les
tubes fluorescents, les interrupteurs électriques et les thermomètres. Pour
lodontologie, une commission a eu pour but de décrire les alternatives à
l'amalgame, destimer le coût des soins à court et à long terme et
léconomie possible en augmentant lhygiène dentaire dans le futur.
Laboutissement des travaux a été de fortes recommandations à ne pas utiliser
lamalgame chez les enfants et les adolescents. La dernière recommandation de ne pas
utiliser lamalgame chez les adultes à partir de juillet 1997 a été reportée. Il
a toujours été spécifié que ces conseils étaient donnés pour des raisons
écologiques uniquement. Lassociation dentaire suédoise a rappelé à
loccasion quil fallait se souvenir quil existait des situations où
lamalgame était le seul matériau convenable et que son utilisation dans ces cas
restait possible (Berglund, 1997).
En Allemagne, le praticien est responsable de lutilisation des produits
dobturation choisis. Dans ce pays, il existe un Institut du médicament et des
dispositifs médicaux qui couvre la responsabilité des indications, contre-indications et
effets secondaires des produits dont il autorise la vente ; lamalgame ny est
pas interdit.
A ce sujet, la dernière déclaration de consensus, réunissant les pouvoirs publics,
les représentants des praticiens de toutes tendances et les scientifiques, date du 1er
juillet 1997. A lissue de cette conférence, les différents partenaires ont abouti
à des recommandations particulières : les matériaux de restauration ne doivent pas
être employés chez des individus présentant une allergie au produit ou à un des
éléments constituant le matériau ; cela concerne lamalgame comme tous les autres
matériaux, chez la femme enceinte ou qui allaite, aucune obturation à lamalgame ne
doit être placée ou déposée dans la mesure du possible. Pendant la grossesse, seuls
des traitements de courte durée doivent être institués, les dysfonctions rénales
constituent une contre-indication relative à lutilisation de lamalgame, chez
les enfants, le praticien est le seul décideur du matériau dobturation approprié
dans cette situation particulière. Contrairement aux allégations des détracteurs de
lamalgame dentaire, ni lAllemagne, ni la Suède nont interdit
lutilisation des amalgames.
COMPOSITION DE LAMALGAME
Lamalgame dentaire est un biomatériau métallique présentant un système
métallurgique très complexe. Il est composé dun alliage comprenant principalement
de largent, de létain et du cuivre auxquels est parfois rajouté, en
proportion mineure, du zinc, du palladium ou de lindium ; cet alliage est trituré
à température ambiante avec du mercure purifié, entrant dans la proportion de 42% à
50% du poids du composé final (Boyer et Edie, 1990).
Dans la cavité buccale, un amalgame durci contient environ huit à dix phases
distinctes. Ses caractéristiques microstructurales dépendent non seulement de la
composition initiale de lalliage, mais aussi des conditions de sa manipulation, de
sa mise en uvre et des conditions de lenvironnement oral.
Brièvement, les amalgames modernes sont préparés à partir de trois types
dalliage : les conventionnels avec une faible teneur en cuivre, en général = 6%
(alliages issus de la formule de Black), les ternaires monophasés à haute teneur en
cuivre, 12% = Cu = 30% (HCSC où chaque particule dalliage contiendrait la même
proportion déléments que lalliage lui-même) et les "dispersions de
phase" (conventionnels avec rajout deutectique argent-cuivre) ou autre alliage
à forte teneur en cuivre, dont la teneur est 7% = Cu = 40%. Les réactions de prise
conduisent ces alliages à la formation de différents composés en fonction de la nature
de la poudre dalliage et de la quantité de mercure utilisées (Burdairon, 1990).
Même durci, lamalgame dentaire subit des transformations microstructurales
durant son usage clinique. Ces changements peuvent être attribués aussi bien aux
conditions environnementales (température, humidité, acidité, charges mécaniques)
quà la nature métastable de la phase matricielle de lamalgame. On distingue
la corrosion chimique, qui correspond pour lamalgame essentiellement à la
sulfuration de largent en surface et se traduit par un ternissement et la corrosion
électrochimique qui dégrade lalliage en profondeur (Cohen, 1988 ; Burdairon,
1990). Comme pour tous les métaux, lor et le platine exceptés, lamalgame
dentaire subit une corrosion chimique qui correspond à son oxydation dans la salive,
milieu électrolytique et chloruré.
La surface de lamalgame devient alors le siège dune réaction
doxydoréduction. Lamalgame subit des transformations en prenant spontanément
un potentiel intermédiaire entre les valeurs de potentiel déquilibre des deux
demi-réactions doxydoréduction. Il sagit du potentiel de repos, appelé
encore potentiel de corrosion. Avec deux alliages en présence, celui présentant le
potentiel le plus négatif se dégrade préférentiellement. Leurs surfaces intrinsèques
jouent un rôle important : par exemple, une grande surface cathodique (comme lor)
et une petite surface anodique (comme un amalgame) engendreront une corrosion plus rapide
et plus intense que si les surfaces étaient inversées. Les produits de corrosion
accentuent les phénomènes de détérioration marginale, de coloration de la dentine, de
tatouages gingivaux ou muqueux et exceptionnellement - de goût métallique.
Cependant, certains produits de corrosion sont censés être bénéfiques, dans la
mesure où ils viennent combler la fissure interfaciale entre le matériau et la dent, là
où peuvent sinfiltrer les fluides buccaux et les micro-organismes. La phase
matricielle (argent-mercure) et la phase g2 (phase très corrodable) subissent des
réactions qui pourraient résulter en un relargage transitoire de mercure. Ce mercure
relargué réagirait avec les particules dalliage résiduelles et pour une petite
part serait libéré. Dans toutes les études concernant le relargage de mercure,
linfluence des compositions initiales des alliages, celle de lenvironnement
buccal (choix alimentaires, hygiène dentaire, durée et intensité des efforts
mécaniques) na pas été prise en compte.
MERCURE ET ENVIRONNEMENT
Le mercure existe naturellement dans la croûte terrestre et diffuse dans
latmosphère et dans leau, mais les activités humaines en ajoutent une
quantité non négligeable (20 000 tonnes, dont 3% serait dorigine dentaire).
Le mercure se retrouve sous la forme de trois composés : les vapeurs de mercure
élémentaire, les sels de mercure métallique (inorganiques) et les composés organiques
où le mercure se lie au glutathion et aux groupements de cystéine de certaines
protéines. Ces composés organiques sont de loin les plus dangereux pour lhumain
qui peut les absorber ou les inhaler, alors que les deux premiers sont les seuls à être
libérés par lamalgame durci. La principale source des composés mercuriels
organiques provient de lingestion de poissons et de coquillages.
Le mercure métallique provient de leau, de lair et aussi de
lalimentation.
Les sources de pollution de lenvironnement terrestre sont nombreuses, mais elles
convergent toutes soit vers leau, soit vers latmosphère. La pollution
aquatique peut provenir du rejet des eaux usées de sites industriels, de stations
dépuration ou même dun déversement accidentel : il sagit dune
pollution de source ponctuelle.
A côté, il existe les rejets réguliers de plus ou moins grande quantité : les
rejets dentaires dans les eaux usées en sont lexemple représentatif, de petites
quantités certes, mais multipliées par le nombre des dentistes et la fréquence. Ce type
de pollution peut également provenir de source diffuse. Il sagit dune
pollution causée par des activités, agricoles par exemple ou encore des retombées
atmosphériques.
La pollution atmosphérique est le fait dactivités industrielles, comme
lexploitation de minerais à ciel ouvert ou de la combustion de combustibles
fossiles et de lincinération de déchets ou autres. Les centres détudes de
la pollution atmosphérique évaluent le taux démission de 1 à 5 g par tonne de
déchets et on incinère environ 15 millions de tonnes par an de déchets en France.
Une étude au Danemark a collecté les résidus damalgame rejetés dans les
égouts pendant une journée, dans plusieurs cabinets dentaires. Léventail des
résultats sétalait entre 100 mg et 800 mg par jour, par praticien.
Par calcul, la quantité globale annuelle moyenne rejetée serait comprise entre 100 et
200 g de mercure par dentiste. Appliqués à la France, ces résultats donneraient un
rejet global de 4 à 8 tonnes annuelles.
INTERACTION AMALGAME - CAVITE BUCCALE
Les amalgames dentaires interagissent de manière complexe avec leur environnement dans la
cavité buccale où ils sont soumis à des agressions de divers ordres.
- RELARGAGE DU MERCURE
La libération de vapeurs de mercure par les amalgames dentaires est un phénomène connu
depuis longtemps et elle est largement étudiée dans la littérature (Frykholm, 1957 ;
Langan et coll., 1987 ; Engel et coll., 1992). Ces investigations avaient toutes pour but
de quantifier le relargage de mercure et son absorption par lorganisme. Cependant la
quantité et la signification du relargage font lobjet de controverses. Les
mesures ont été effectuées dans lair expiré ou dans lair intra-oral. Les
différentes études montrent une augmentation des vapeurs de mercure après un cycle de
mastication de gomme à mâcher pendant 15 minutes, alors quil y en a moins après
un brossage. Les controverses sont issues des résultats des études de Vimy et
Lorscheider (1985 a et b), qui donnent une absorption pulmonaire denviron 20 mg/jour
de mercure pour =12 surfaces dobturation. Or leurs calculs étaient erronés et
devaient être divisés par 16 (Mackert,1987 ; Berglund,1988 ; Mackert,1991). Les erreurs
provenaient de fausses interprétations du volume dair, des quantités exhalées ou
avalées et de la durée de la collecte.
Pour toutes les autres études, la valeur la plus élevée ne représente que 2,5µg,
soit 5% de labsorption dun travailleur exposé professionnellement à
50µg/m3/jour. Ces études tiennent compte de la physiologie de la respiration, ce qui
donne aux résultats une meilleure fiabilité.
Dautres expérimentations font état dun relargage de 5µg à 10µg/j pour
une moyenne de 12 surfaces damalgame (Halbach, 1995; Martin, 1995). Ces valeurs sont
proportionnelles à la surface des amalgames, mais restent bien en dessous des seuils
minimaux, fixés par les divers organismes de protection de la santé, qui pourraient
induire des pathologies doses-dépendantes. Les valeurs de relargage mercuriel imputable
aux amalgames se rapprochent de celles de lair ambiant et apportés par
lalimentation, en particulier des poissons carnassiers (Clarkson et coll., 1988).
A titre de comparaison, on peut mettre en parallèle labsorption de mercure
organique (méthylmercure) contenu dans les poissons. Si on prend lexemple de la
sardine, poisson faiblement contaminé, 150 g ingérés équivaut à 15 µg de
méthylmercure absorbé ; pour le thon, plus fortement contaminé, la même quantité
alimentaire fait avaler 75 µg de méthylmercure.
Les fortes valeurs de relargage, que les détracteurs sempressent de reprendre,
doivent être analysées à la lumière de lexposé ci-dessus. Par exemple, le
détecteur de vapeurs de mercure Jerome utilise un flux dair de 750 ml/min et mesure
lair à partir dune collecte durant 20sec. Pour respecter les phénomènes
physiologiques, les mesures de concentration données par linstrument doivent être
divisées par 16, ce qui relativise certaines données.
Des études ont tenté de mesurer chez lanimal le taux dabsorption de
mercure par les reins. Un article de Vimy et coll. (1990), largement repris dans les
campagnes de dénigrement, montrait des fonctions rénales endommagées chez des moutons
sur qui avaient été posés douze amalgames.
Selon les calculs effectués, la filtration glomérulaire aurait baissé de 60%, ce qui
entraînerait à terme des détériorations rénales.
Les calculs ont été repris par Malvin (1991), un physiologiste du rein qui a montré
quen fait ces moutons présentaient une fonction rénale améliorée et que la
baisse de filtration glomérulaire provenait plus dune diminution de la prise
alimentaire que de la présence damalgames.
Si de nombreuses études ont été réalisées sur les répercussions toxiques
dose-dépendantes du mercure, aucune na été réalisée sur les répercussions
possibles des courants galvaniques induits ou sur les effets dun relargage mercuriel
à doses homéopathiques (Anneroth et coll., 1992 ; Bjorkman et coll., 1993). La
nécessité détudes épidémiologiques multicentriques de longue durée apparaît
clairement et leurs résultats devraient dissiper les controverses sur les effets du
relargage buccal de mercure.
EXPOSITION PROFESSIONNELLE DU PERSONNEL DENTAIRE
Léquipe dentaire manipule toute la journée des amalgames et elle est donc en
premier rang pour des intoxications potentielles. En effet, des études ont mis en
évidence que lair ambiant de nombreux cabinets dentaires contenait des
concentrations relativement élevées en vapeurs de mercure, bien plus importantes que
celles mesurées dans les bouches comportant de nombreux amalgames.
Dautres études ont mesuré le taux de mercure des cheveux, des ongles, dans le
sang et les urines du personnel dentaire. Labsence de problèmes de santé reliés
au mercure, chez ce personnel, est un argument fort en faveur de linnocuité de
lamalgame.
Les valeurs limites moyennes acceptées en France (Institut national de la recherche et
de sécurité, 1989) sont de 50µg/m3 de vapeurs de mercure, pour une exposition
professionnelle de 40 heures par semaine.
La valeur maximale acceptable pendant moins de 15 minutes est de 150µg/m3. Diverses
études européennes saccordent pour observer une teneur moyenne de 25µg/m3 dans
les cabinets testés, où on utilise des amalgamateurs pour alliages en vrac. Les taux de
morbidité et de mortalité des dentistes ne sont pas différents de ceux de la population
générale (Osborne, 1992).
Les teneurs en mercure dans le sang des dentistes sont plus élevées que dans les
groupes témoins et dans les groupes porteurs damalgames.
Cependant elles sont inférieures aux normes biologiques fixées pour le milieu
professionnel, soit 30µg/l de sang. Les concentrations urinaires sont également plus
élevées que dans les autres groupes.
Un groupe de huit dentistes a été autopsié et leurs organes analysés. Les
concentrations de mercure dans lhypophyse étaient 35 fois plus élevées que le
groupe témoin.
Malgré ces concentrations élevées, aucun de ces individus ne présentait de
symptômes. Lassociation dentaire américaine a commandité des études concernant
les assistantes dentaires enceintes. Ces dernières, comparées à un groupe témoin,
nont montré aucune différence que ce soit pour les avortements spontanés, les
accouchements prématurés, le poids à la naissance et les malformations ftales
(Brodski et coll., 1985 ; Ericson et Kallen, 1989 ; Heidam, 1984).
TOXICITE DU MERCURE CHEZ L'HOMME
Le devenir du mercure inorganique dans l'organisme humain et les atteintes toxiques dues
à ce métal sont amplement documentés à partir des études menées en toxicologie
clinique lors des intoxications aiguës ou chroniques qu'elles soient d'origine
accidentelle, industrielle ou environnementale.
TOXICOCINETIQUE DU MERCURE CHEZ L'HOMME
Les vapeurs de mercure inhalées passent en partie la barrière hémoencéphalique et se
concentrent au niveau du cortex cérébral apès oxydation en ion mercurique. Le mercure
ingéré est peu absorbé par voie digestive : la partie absorbée, oxydée sous forme
d'ion mercurique, s'accumule dans le rein. Le mercure métallique traverse mieux la
barrière placentaire que sa forme ionisée.
Les organes cibles sont donc essentiellement le système nerveux central et le rein. Le
passage transplacentaire peut également entraîner des troubles de la reproduction.
L'élimination du mercure absorbé se fait dans les urines de façon semi-retardée avec
une demi-vie de l'ordre de 2 à 3 mois.
DONNEES MEDICALES SUR LA TOXICITE DU MERCURE INORGANIQUE
L'essentiel des manifestations cliniques est directement lié à la dose.
Si l'on exclut les exceptionnelles détresses respiratoires aiguës dues à des
inhalations massives accidentelles de mercure et les intoxications aiguës suicidaires par
ingestion de sels de mercure qui induisent un syndrome dysentérique majeur et une
tubulopathie aiguë anurique, les intoxications mercurielles dues à une accumulation
chronique de mercure inorganique dans l'organisme -pour des expositions supérieures à 50
µg/m3 - se traduisent par :
- une stomatite,
- une atteinte neurologique portant essentiellement sur le système nerveux central avec
modification des fonctions supérieures (mémoire, concentration), asthénie, céphalées
et troubles de l'humeur (hyperémotivité, irritabilité, état dépressif) puis atteinte
cérébelleuse avec tremblements d'intention. Ces manifestations n'ont pas été décrites
chez des personnes éliminant moins de 35 µg/g de créatinine de mercure dans les urines,
- une atteinte tubulaire rénale infraclinique lorsque le mercure urinaire dépasse 25
µg/g de créatinine de mercure dans les urines.
Les effets sur la reproduction (bien documentés en toxicité expérimentale animale
pour les doses administrées élevées par voie parentérale) sont plus controversés chez
l'être humain qu'il s'agisse de troubles de la fertilité, d'avortements spontanés ou de
malformations congénitales.
Des effets indépendants de la dose sont également connus et touchent la peau et le
rein :
- eczéma de contact le plus souvent dû à des sels organiques de mercure. On en
rapproche les lésions buccales lichénoïdes observées chez les porteurs d'amalgame,
- acrodynies associant des manifestations douloureuses des extrémités, des troubles du
comportement et des perturbations cardio-vasculaires s'observant surtout chez l'enfant.
Ces troubles sont de mécanisme inconnu,
- atteintes rénales glomérulaires avec localisation extramembraneuse dues à un
mécanisme immunologique. Les cas qui surviennent en fait de façon aléatoire ne sont
signalés que pour des expositions répétées à des concentrations supérieures à 50
µg/m3.
EVALUATION DES RISQUES
En première intention, le risque d'intoxication par le mercure relargué par les
amalgames dentaires peut être évalué en confrontant les données biométrologiques qui
ont fait l'objet de nombreux travaux, aux données précédentes et en tenant compte des
observations médicales et épidémiologiques réalisées chez les porteurs d'amalgame.
Les nombreuses données biométrologiques sur les concentrations en mercure dans le
sang, les urines et les tissus des porteurs d'amalgame dentaire sont concordantes :
- les taux de mercure sanguin sont peu informatifs,
- la concentration urinaire en mercure est statistiquement plus élevée chez les porteurs
d'amalgame que chez les témoins mais reste inférieure à la norme biologique admise en
milieu professionnel,
- des concentrations tissulaires, cérébrales et rénales de mercure sont respectivement
d'environ 2 et 4 fois plus élevées chez les porteurs d'amalgame que chez les témoins
mais très nettement inférieures à celles observées en cas d'intoxication chronique,
- une étude a montré que la concentration de mercure dans le foie et le rein du
ftus est corrélée au nombre d'amalgames de la mère.
Toutes ces données concordantes confirment la libération du mercure par les amalgames
dentaires et un passage du métal possible vers les organes cibles. Par ailleurs, elles
identifient des situations aggravantes : - pose et dépose d'amalgames, - mastication de
chewing-gum, - bruxisme, - et à un degré moindre, brossage des dents.
Dans leur ensemble, les données biométrologiques sont en coéhérence avec les
évaluations d'exposition qui chiffrent à environ 1 µg/j la dose de mercure absorbée
par voie pulmonaire et à 1 µg/j la dose absorbée d'ion mercurique par voie digestive
chez les porteurs d'amalgames dentaires.
Observations médicales et épidémiologiques
Des nombreuses études de cas examinées, seules les observations de lichen plan peuvent
être retenues (environ 800 dans la littérature) comme étant en relation avec le
mercure. Ces lésions bénignes régressent souvent après retrait des amalgames. Les
données épidémiologiques obéissant au standard méthodologique admis sont peu
nombreuses chez les porteurs d'amalgame : des études contrôlées ne retrouvent pas de
corrélation entre les indicateurs d'exposition et les fonctions cognitives. Par ailleurs,
aucun lien n'a pu être établi entre glomérulonéphrite extra membraneuse et amalgame
dentaire.
Risques d'atteintes toxiques
Les données disponibles ne permettent pas de retenir le risque d'atteinte encéphalique
ni d'atteinte rénale dues au mercure relargué par les amalgames dentaires.
Le cas particulier des femmes enceintes mérite d'être isolé : l'élévation
ponctuelle des concentrations mercurielles lors des opérations de pose et de dépose
d'amalgame chez une femme enceinte peut conduire à une exposition tale dont les
effets ne peuvent actuellement être définis. Ceci explique les recommandations émises
dans ce cas précis par le Conseil supérieur d'hygiène publique de France.
ALTERNATIVES A L'AMALGAME
Le matériau idéal n'existe pas encore aujourd'hui et si l'amalgame était retiré du
marché, par quoi pourrait-on le remplacer ?
Un biomatériau d'obturation doit résister à toutes les contraintes du milieu buccal,
les plus agressives soient-elles, en étant le plus neutre possible biologiquement.
LES RESINES COMPOSITES
Le matériau est étique et pratiquement invisible sur la dent, d'où son engouement
auprès des patients et des professionnels. Il possède de bonnes propriétés
mécaniques, mais sa longévité clinique est largement érieure à celle de l'amalgame,
environ de la moitié. De plus, les résines composites présentent d'autres
inconvénients majeurs. Le prix de revient pour un même volume est le double de
l'amalgame et la mise en place du composite est très sensible à la technique de
l'opérateur, ce qui demande beaucoup de rigueur. Lors de sa polymérisation, le matériau
se contracte (entre 2 et 4% en volume) et laisse au niveau des tissus dentaires une
fissure suffisante pour une colonisation microbienne. Les produits relâchés par les
résines ne sont pas bactéricides et certains d'entre eux favoriseraient la croissance de
streptocoques (Hansel et coll., 1998). Les composites se dégradent et des résines
organiques (TEGDMA, BisGMA principalement) sont relâchées en quantité mesurable
(Gerzina et Hume, 1994). Ces résines sont bien connues pour leur pouvoir allergisant.
Parmi ces produits de dégradation, on retrouve entre autres du formaldéhyde (¯ysaed et
coll., 1988) en concentration suffisante pour créer des allergies (Ruyter, 1995) ou des
réactions lichénoïdes locales (Lind, 1988). L'étude danoise de Munksgaard et coll.
(1996) a montré, sur une population de 601 dentistes, que 24% d'entre eux présentaient
des réactions dermatologiques aux résines composites contre 0,8% aux amalgames.
Dans le cadre de la pratique orthodontique et pédodontique, la prévalence des
dermites est également importante : on estime que 50% du personnel dentaire en est
atteint et environ 1% des jeunes patients (Fredericks, 1981 ; Malmgren et Medin, 1981).
Pour le moment, peu de réactions gingivales en contact avec les résines composites ont
été notées (van Dijken et coll., 1987). Ce résultat vient probablement du fait que les
résines composites sont encore placées dans des petites cavités et ne touchent pas
souvent les muqueuses gingivales. Si elles étaient employées en remplacement de
l'amalgame, elles seraient alors très fréquemment en contact avec la gencive. On sait
que la perméabilité de l'épithélium gingival permet la pénétration des composants
relargués par les résines (Squier, 1973), d'où la possibilité de réactions toxiques
ou allergiques.
LES VERRES - IONOMERES
Les ciments verre-ionom`re sont apparus dans les années 1970 peu après la
commercialisation élargie des résines composites. Depuis, leurs propriétés mécaniques
ont augmenté, surtout avec l'incorporation de composés métalliques, comme l'argent pour
les cermets, cependant elles sont encore insuffisantes pour prétendre au remplacement de
l'amalgame.
La dégradation de ces matériaux passe par des phénomènes complexes comprenant des
processus d'absorption, de dissolution et de transport d'ions. Les phénomènes de
dissolution se feraient par trois mécanismes (Kuhn et Wilson, 1985) : élimination d'une
couche de surface en contact avec les liquides, diffusion par les pores et craquelures du
verre-ionomère et diffusion depuis le cur du matériau.
Dans les produits de dissolution on retrouve des ions, des particules de verre et un
peu de matériel organique. Parmi les ions, un relargage intéressant est celui du fluor
qui est continu dans le temps, sans entraîner de désintégration du verre-ionomère,
puisque le matériau est capable de se recharger en fluor à partir de la salive.
Les acides sont capables, par contre, de relarguer des substances comme le plomb ou
l'arsenic, dont le verre-ionomère contient des traces. La quantité est variable selon
les produits commerciaux, dont certains relargueraient des doses excédant les limites
permises, 2 mg/kg pour l'arsenic et 50 mg/kg pour le plomb (¯ilo, 1992).
LES COMPOSES HYBRIDES
Les composés hybrides, produits récents, découlent à la fois des résines composites
et des verres-ionomères. Leurs propriétés physiques et mécaniques sont pour le moment
inférieures aux résines composites et ils ne peuvent pas encore se substituer aux
amalgames.
LA CERAMIQUE
Le matériau est cher, la technique est onéreuse et réservée aux patients fortunés.
Les inlays fabriqués avec ce matériau sont scellés à l'aide de résines composites
dont les effets ne sont pas tous élucidés.
L'OR
C'est le seul matériau, utilisé en inlay scellé, que l'on peut considérer comme une
alternative à l'amalgame, pour une résistance et une longévité plus grandes. Ses
problèmes sont le prix, incompatible avec une dentisterie sociale, et de possibles
réactions allergiques (Goldberg et Zeilig, 1997).
L'AMALGAME AU GALLIUM
Le gallium est un métal avec une structure atomique et des caractéristiques
physico-chimiques semblables au mercure. Son point de fusion est de 29°C et il peut
s'amalgamer avec les mêmes autres métaux que le mercure. Cependant, ces alliages à base
de gallium (certains ont été commercialisés) ne donnent pas satisfaction sur le plan
clinique. Lorsqu'il est en phase plastique le matériau est collant sur n'importe quel
instrument, mais pas sur la dent. Le praticien est obligé d'employer des instruments en
Téflon pour le porter et le condenser dans la cavité. Par ailleurs, son taux d'expansion
au durcissement est bien supérieur à l'amalgame, ce qui risque d'entraîner des
fractures des structures résiduelles dentaires. Le matériau présente un fort potentiel
de corrosion et le gallium est connu pour être toxique. Aussi, ces produits, qui coûtent
plus cher, présentent des difficultés à l'utilisation et un potentiel de nocivité plus
important, et sont d'un point de vue clinique inférieurs aux amalgames.
RECOMMANDATIONS GENERALES
Les controverses sur l'amalgame dentaire ont mis en évidence le besoin de préciser les
règles à respecter lors de sa mise en Ïuvre. Ainsi, les photographies d'amalgames
détériorés du dossier reçu par le conseil national de l'Ordre montrent de manière
irréfutable l'inobservation de ces règles d'usage (amalgame surdosé en mercure, très
vraisemblablement).
L'amalgame dentaire, comme tout alliage, est donc susceptible de se dégrader par
corrosion et de relarguer l'un ou l'autre de ses composants dans de faibles proportions
mesurables. Cependant, l'analyse détaillée de la littérature scientifique ne montre pas
pour ce composé d'effets secondaires nocifs pour l'organisme humain, à l'exception de
rares cas d'allergie et de réactions locales de type lichénoïde. Seuls ces cas
typiques, lorsqu'ils sont avérés, nécessitent le retrait des amalgames et leur
remplacement par d'autres matériaux.
L'aspect le plus important du matériau est que les praticiens ne le disséminent pas
dans la nature et ne se muent pas en pollueurs inconscients. L'arrêté du 30 mars 1998
impose à tout cabinet dentaire le ramassage par des sociétés spécialisées des
déchets d'amalgame durcis. Pour les effluents liquides, les retenues sont effectuées
avec des dispositifs installés au plus tard le 30 mars 2001, pour les équipements
anciens. Il s'agit d'un séparateur monté sur l'équipement qui doit absorber au moins
95% de l'amalgame contenu dans les eaux usées.
Il ne faut pas perdre de vue, par ailleurs, que les surplus secs d'amalgame laissés à
l'air libre libèrent des vapeurs de mercure. Immerger ces déchets dans de l'eau ne
suffit pas, parce qu'au bout de 8 jours d'immersion la concentration de vapeurs de mercure
est la même pour les résidus secs qu'immergés (Haller et coll., 1987). Pour réduire
fortement ces émissions, les débris d'amalgame peuvent être plongés dans du fixateur
radiographique, neuf ou usé, (Hörsted-Bindslev et coll., 1991) ou du permanganate de
potassium.