
Certains pays les ont interdit en raison du mercure, très toxique, quils contiennent. La France en fera-t-elle autant ? Ce débat divise les dentistes.
Un amalgame dentaire est un alliage de mercure avec un ou plusieurs autres métaux. Dans lamalgame dentaire typique, on trouve environ 50% de mercure, 35% dargent, 9% détain, 6% de cuivre ainsi que des traces de zinc et de quelques autres éléments. Très apprécié des dentistes, le "plombage" - qui ne contient pas de plomb mais est appelé ainsi à cause de sa couleur grise - est réputé pour sa stabilité mécanique et chimique dans le temps. Notamment, le mercure, dont on connaît lextrême toxicité, ne sen échapperait pas ou très peu. En réalité, cette stabilité serait théorique à en croire les expériences du Dr Murray Vimy, chercheur à lUniversité de Calgary (Canada) et expert auprès de lOrganisation mondiale de la santé.
Dans le foie, le rein et le cerveau
Dans des conditions équivalentes à celles des cabinets dentaires, le chercheur canadien a placé sur des brebis en gestation 12 plombages, un nombre courant dans la bouche des adultes occidentaux. Les résultats ne se sont pas fait attendre : deux jours après lintervention, du mercure apparaissait dans le sang maternel et foetal.
Pratiquement tous les organes étaient ensuite contaminés à des degrés divers. On a relevé le taux maximum dans les reins : 9000 microgrammes par kilo, soit 90000 fois la concentration sans risque adoptée par lEnvironnement Protection Agency (EPA).Le foie en contenait 900 microgrammes par kilo et lon a retrouvé le métal dans le cerveau, ainsi que dans le foie et lhypophyse des foetus. Le placenta et le lait étaient également atteints.
Des études sur le singe ont montré une contamination semblable. Selon leurs auteurs, ces résultats sont sans ambiguïté, car le mercure des amalgames dentaires en question était un isotope radioactif, Hg 203, utilisé comme traceur bien repérable, pour éviter toutes confusion avec du mercure provenant de lenvironnement.
Pour le Dr Vimy, "le relargage continuel du mercure à partir des amalgames dentaires fournit lapport majeur de la charge en mercure du corps". Des analyses sur des prélèvements effectués chez lhomme après autopsie, en Suède, et des dosages réalisés sur des bébés de mères porteuses damalgames, en Allemagne, vont dans le même sens. Cependant, il est impossible, dans ces cas, de reconnaître la part du mercure qui provient des plombages, bien quune étude allemande de 1994 révèle, chez des foetus morts, des taux de mercure proportionnels au nombre damalgames posés chez la mère.
Relargage du mercure pendant des années
Ce plombage est soumis au cours de la vie à de multiples actions physiques et chimiques. Abrasion mécanique pendant la mastication, brossage des dents, acidité de la salive et des aliments, élévation de température avec les boissons chaudes, autant de facteurs qui favorisent le relargage du mercure pendant des années. Plusieurs milliers de mesures de mercure salivaire, avant et après mastication dun chewing-gum, ont été effectuées en Allemagne (Rapport de luniversité de Tübingen portant sur 20000 analyses de salive), en Autriche et en Suisse sur des porteurs damalgames. En France, le Dr Melet, qui et fait réaliser 300 par an par léquipe CNRS de lEcole supérieur de Chimie de Strassbourg, constate que "toutes ces séries montrent un relargage important du mercure dans la salive après mastication : 30% des porteurs damalgames ont dans leur salive plus de 50 fois ce qui est toléré pour le mercure dans leau potable, et 10% plus de 100 fois". Et lhomme sécrète environ un litre de salive par jour. On a même trouvé 748 microgrammes de mercure par litre dans la salive dun habitant de la région de Nancy souffrant de brûlures rectales intenses depuis 10 ans. Le Dr Rastegar, spécialiste de chimie analytique au CNRS à Strasbourg, sinterroge : "Si on ne doit pas dépasser une certaine concentration de mercure pour quune eau soit potable, comment admettre que cette concentration soit largement dépassée dans la salive de certains porteurs damalgames ? Cela pose un problème. Mais il sagit de dosages de mercure total. Et en toxicologie, il faut tenir compte des différentes formes de mercure. La démarche du docteur Melet est intéressante, elle mérite cependant dêtre poussée plus loin".
Dans la bouche sous forme de vapeur
Comment notre organisme pourrait-il être intoxiqué par le mercure des amalgames ? Trois voies de contamination sont possibles : la salive, la migration à travers la dentine et lémission de vapeur.
Daprès Murray Vimy, "les recherches médicales ont démontré que le mercure métallique des amalgames est continuellement libéré dans la bouche sous forme de vapeur. Il est alors inhalé à 80 % à travers les poumons avant dêtre oxydé en ions-mercure (Hg2+) dans les cellules et finalement lié aux protéines cellulaires". Il note que "contrairement aux autres formes de mercure, la solubilité du mercure à létat de métal lui permet de traverser les membranes cellulaires et daccéder au système nerveux central".
A lintérieur des cellules, le mercure altère tous les métabolismes, dont la synthèse des protéines. Ce qui perturberait gravement, selon le chercheur canadien, "plusieurs ensembles dorganes et tissus dont le système immunitaire, le système rénal, la flore buccale et intestinale, le système reproducteur, le système nerveux central, etc."
Mais surtout, nul ne connaît les effets à long terme sur lorganisme dune absorption quotidienne de mercure, à des doses mêmes minimes, pendant des dizaines dannées.
DOMINIQUE PADIRAC